Le championnat thaïlandais attire de plus en plus de joueurs étrangers, et particulièrement des Français, qui n’ont pas ou plus le niveau pour jouer dans les meilleurs championnats européens. Les clubs thaïs, dirigés par des hommes d’affaires ou des politiques puissants, leur proposent des salaires souvent supérieurs à ceux de la Ligue 2
Pour la troisième fois sur les quatre dernières saisons, Muang Thong United a été sacré fin octobre champion de Thaïlande. Ce club situé à la périphérie de la capitale Bangkok possède dans ses rangs le meilleur joueur du pays, Teerasil Dangda, qui pourrait rejoindre cet hiver l’Atletico Madrid. Il pourrait d’ailleurs être accompagné en Europe par l’autre co-meilleur buteur du championnat de Thaïlande, le Brésilien Cleiton Silva, qui a également quelques touches de clubs du Vieux Continent. Signe de cet intérêt nouveau pour la Thai Premier League, les dirigeants de Muang Thong avaient également fait signer en 2012 trois internationaux étrangers, Edivaldo Hermoza (Bolivie, 26 ans), Ri Kwang-Chon (Corée du Sud, 27 ans) et Mario Gjurovski (Macédoine, 26 ans). Mais aussi l’entraîneur Slavisa Jokanovic, ancien joueur de Chelsea qui avait joué le Mondial 1998 avec la Serbie.
L’équipe de BEC Tero compte une dizaine de joueurs étrangers dont six Européens
Des Français s’éclatent à Pattaya
Environ 90 étrangers garnissent les effectifs de la Thai Premier League (TPL), et presque 160 si l’on compte les joueurs qui sont prêtés en division inférieure ou chez des clubs de pays voisins, d’après Matt Riley, grand connaisseur de la TPL qui tient à jour le site de référence sur le football dans le royaume thaileaguefooball.com. Les joueurs étrangers pourraient être encore davantage si la fédération locale ne limitait pas à trois leur nombre autorisé au même moment dans une équipe sur le terrain. Cette saison, une demi-douzaine de Français ont évolué sur les terrains du pays. Certains sont des joueurs en préretraite venus profiter des charmes du pays. Chonburi F.C., le club de la ville de Pattaya qui est connue pour être la cité porte-drapeau du tourisme sexuel dans le pays, possède dans son effectif l’ancien Lensois Geoffrey Doumeng (31 ans, 121 matchs de Ligue 1) et le Franco-Togolais Thomas Dossevi (33 ans, 30 matchs de Ligue 1). Les autres sont des joueurs à la carrière atypique à l’image de Flavien Michelini, 26 ans, passé par des clubs amateurs avant une expatriation dans le championnat singapourien. Ou encore Goran Jerkovic, 25 ans, un Franco-Serbe ayant été formé à l’AS Lyon Duchère et qui a évolué ces dernières années en Lituanie et en Iran. «Le niveau en Thaïlande m’a tout de suite paru intéressant, affirme Khaled Kharroubi, milieu franco-algérien du BEC Tero à Bangkok (1 sélection avec Les Fennecs, 3 matchs de L1 avec Valenciennes), promis à une belle carrière qui a été freinée par une grave blessure. Techniquement, la Thai Premier League est semblable à la Ligue 1, Mais les Thaïlandais ont un réel manque en terme d’impact physique, de discipline et de sens tactique. Ils ont aussi parfois un manque de motivation. Ils leur arrivent de lâcher le match, ce qui ne se fait pas en Europe. Du coup, le niveau est plus proche du National que de la L1 ».
Un championnat calqué sur la Premier League
Aujourd’hui, la Thai Premier League est considérée par les connaisseurs du football asiatique comme le meilleur championnat d’Asie du Sud-Est. « Le championnat dispose désormais de clubs plus professionnels avec de gros moyens financiers comme Chonburi, Muang Thong et Buriram », estime Robert Procureur., le manager général belge de BEC Tero. « La TPL est en train de se calquer sur la Premier League anglaise qu’elle prend pour modèle (ndlr : le championnat anglais est le plus populaire dans le pays), analyse Matt Riley. Les quatre ou cinq mêmes équipes se retrouvent chaque année devant, et il existe un très grand écart de niveau avec les dix formations qui composent le bas de tableau. Cet écart est aussi financier puisqu’il arrive que les salaires des trois meilleurs joueurs d’un grand club peuvent être équivalents à l’ensemble de ceux de tout l’effectif d’une petite équipe ». Ainsi, les joueurs armés d’un CV correct et venant des clubs européens reçoivent un salaire mensuel avoisinant les 15.000 euros, alors que la moyenne salariale en Ligue 1 est d’environ 40.000 euros par mois, et de 10.000 euros en Ligue 2. Pour mettre en lumière le championnat, les propriétaires des clubs ont également signé de gros chèques afin de faire venir des stars déchus du ballon rond comme Sven-Göran Eriksson, directeur sportif de BEC Tero, ou Robbie Fowler qui a joué la saison 2010/2011 sous les couleurs du Muang Thong United. « Concernant Robbie Fowler, nous savions que ses qualités footballistiques n’étaient plus celles du passé, admet Robert Procureur, qui était encore la saison dernière dans le staff de Muang Thong. Mais il a apporté beaucoup de visibilité médiatique pour le club. »

Cleiton Silva, le meilleur buteur du championnat, est Brésilien
Des hommes politiques à la tête de clubs
Les grands clubs du pays sont financés par des hommes d’affaires ou des politiques puissants tels que Newin Chidchob. Ce dernier, ancien membre du gouvernement de 2002 à 2005, a été frappé de 5 ans d’inéligibilité en 2007. Il a acheté en 2010 le club de football de PEA qu’il a transféré d’Ayutthaya, ancienne capitale du Royaume de Siam, à Buriram, petite ville du Nord-Est. Le club se nomme désormais Buriram United, et a remporté un triplé historique en 2011/2012 : championnat, coupe de Thaïlande et coupe de la Ligue. « Je souhaitais vraiment que les gens de la région d’où je suis originaire (ndlr : Newin Chidchob est né dans la province voisine de Surin) ait quelque chose pour lequel se passionner », affirme celui qui a fait construire en 2011 un stade de 24.000 places pour un coût d’environ 10 millions d’euros dans un des endroits les plus pauvres de la Thaïlande. Si l’ancien vice-ministre promet qu’il ne refera plus jamais de politique, il a néanmoins diffusé des messages de soutien à son ancien parti lors de la dernière campagne électorale pour les législatives dans le stade de Buriram les jours de match. Et son implication dans le football permet à sa famille – le père de Newin était président du Parlement – de rester populaire et maître de la province de Buriram, que sa femme Karuna dirige.
« Dans dix ans, il sera possible de gagner la Champions League asiatique, estime Newin Chidchob. Pour atteindre cet objectif, je vais faire ouvrir une académie de football à Buriram d’ici 2017. Le but ne sera pas seulement de former techniquement les joueurs, mais il sera aussi question de leur forger un mental et de les éduquer dans leur vie d’homme. Cette académie ne s’adressera pas seulement aux Thaïlandais. Nous espérons faire venir à Buriram des joueurs d’ailleurs, en particulier des Africains qui n’ont pas la chance d’être formés dans leur pays. » En attendant 2017, la Thai Premier League va sans doute continuer à attirer des footballeurs en fin de carrière passés par le championnat de France. Jérémy Berthod (ex-Lyon, Monaco et Auxerre) ainsi que Mamadou Bagayoko (ex-Strasbourg, Nantes et Nice) sont venus passés un essai le mois dernier au pays du sourire.
Yann Fernandez (transfert-foot.net) 6 février 2013
Crédits photo Panoramic







