Sven-Göran Eriksson, ex-sélectionneur de l’équipe d’Angleterre et ancien entraîneur de l’AS Roma, Benfica, la Fiorentina, ou encore Manchester City , est depuis début septembre directeur technique d’un des clubs de football de Bangkok, le BEC Tero. Depuis la Thaïlande, il a répondu à nos questions sur le football français.
Que pensez-vous du niveau du niveau du football en Thaïlande ?
J’étais venu ici il y a plusieurs années de cela avec Manchester City (ndlr : dont le président était Thaksin Shinawatra l’ancien Premier ministre de Thaïlande chassé par un coup d’Etat et qui vit aujourd’hui en exil), et je vois que le niveau du football est en train de s’améliorer très rapidement. Techniquement, c’est bon. Ils savent courir… beaucoup. Physiquement, vous ne pouvez pas comparer ça à la Premier League. Mais je ne pense pas qu’il y ait un manque de préparation physique. Je ne comprends pas bien ce qu’est un coup-franc ici. En tout cas, les fautes sifflées en Thaïlande ne le sont pas en Angleterre.
Avez-vous déjà vu des améliorations dans votre équipe depuis votre arrivée ?
Je pense que nous devenons meilleurs. Nous jouons bien. Nous manquons de confiance mais nous travaillons là-dessus. Je trouve Khaled Kharroubi et Cleiton Silva très bons. Dans un sens, Cleiton Silva (ndlr : meilleur buteur du championnat) est notre meilleur joueur car il marque les buts. Chaque équipe de foot a besoin d’un buteur. Je pense qu’il a de bonnes chances de jouer en Europe. Il travaille dur à l’entraînement et possède des qualités.
Qu’allez-vous pouvoir apporter en seulement deux mois ?
Bien sûr, le club obtient une attention particulière de la part des médias, ce qui est une bonne chose pour lui. Mais la chose la plus importante est de préparer le futur. Je suis là pour donner des conseils. Deux mois, c’est suffisant pour donner des conseils
Êtes-vous en Thaïlande pour prendre prochainement le poste de sélectionneur national ?
Non. Je ne suis ici uniquement pour deux mois, afin d’aider le club de BEC Tero. C’est ce qui a été décidé lorsque j’ai signé le contrat. On ne pourra pas changer l’issue du championnat d’ici la fin de la saison (ndlr : le leader Muang Thong possède une avance confortable). Mais BEC Tero a une belle carte à jouer dans le futur. Le challenge est intéressant. J’aime les joueurs ici, les dirigeants Brian [Macar] et Robert [Procureur], qui sont des gens de qualité.
Marcelo Lippi entraîne en Chine, Didier Drogba y joue, et les résultats internationaux du Japon sont bons. Peut-on voir le futur du football en Asie ?
Non, vous trouverez toujours les meilleures équipes en Europe. Le Japon et la Corée du Sud jouent bien depuis plusieurs années mais je pense que des équipes comme la Chine, la Thaïlande, grâce à l’appui financier de personnalités politiques ou qui appartiennent au milieu d’affaires peuvent rapidement se développer. C’est d’ailleurs ce qui se fait en Europe. En Premier League ce sont des étrangers qui apportent l’argent. Ici, le président de Buriram (ndlr : l’homme politique Newin Chidchob) a fait construire un superbe stade, le nôtre Brian Macar (à la tête de la société de divertissement BEC-Tero) va faire la même chose. Je pense que la Thaïlande est promis à un beau futur en matière de football.
Vous pensez qu’Ibrahimovic est le joueur-clef qui peut faire gagner la Champions League au PSG ?
Oui, absolument. C’est un merveilleux joueur qui a été bon partout où il a joué. Il a énormément marqué en Suède, aux Pays-Bas, en Italie. Bien sûr qu’il peut faire gagner le la Champions League au PSG ! Il est dans le haut de la liste des meilleurs joueurs du monde. C’est un joueur impressionnant physiquement. C’est rare d’être aussi grand et fort, et d’être aussi bon techniquement en même temps. Et il a une grande volonté.
Est-ce une bonne chose d’avoir dans un championnat une équipe vraiment au-dessus des autres ?
Mais regardez ce qui se passe ailleurs ! En Espagne, vous avez le Barça, le Real ; en Angleterre le Big 4 ; en Allemagne le Bayern Munich ; en Italie la Juventus, le Milan, l’Inter : aux Pays-Bas l’Ajax et Eindhoven. Les gros clubs font venir 80.000 personnes au stade. Partout dans le monde, on s’intéresse au football espagnol grâce au Real Madrid et à Barcelone, mais si c’est Getafe qui joue contre Villarreal, est-ce que vous allez regarder ?
L’équipe de France peut-elle se remettre à gagner ?
Je ne l’ai pas trop suivie ces derniers temps mais le football français a toujours été bon, et l’équipe nationale joue bien depuis de nombreuses années. Donc pourquoi pas ? Mais gagner la prochaine Coupe du Monde… (il s’arrête). Je pense que l’équipe qui gagnera le prochain Mondial ne sera pas une équipe européenne. Ce sera l’Argentine ou le Brésil vu le soutien qu’ils auront.
Quelles sont votre meilleure et votre pire expérience d’entraîneur et sélectionneur ?
L’une des pires expériences est pour sûr la Coupe du Monde 2006 où nous perdons aux tirs au but. Car je pensai, et les joueurs le pensaient aussi, que nous aurions pu faire mieux. Nous aurions dû faire mieux ! Atteindre la demi-finale ou la finale.
Les bons souvenirs, ils viennent de chaque match que vous remportez, et des titres. Et j’ai été chanceux d’en avoir remporté beaucoup en Suède, au Portugal, en Italie. Mon meilleur club entraîné a été la Lazio. J’avais Mihajlovic, Nesta, Almeyda, Veron, Salas, Mancini, Marchegiani, Vieiri. Enormément de très bons joueurs. Aujourd’hui, je prendrai dans mon équipe Messi et Cristiano Ronaldo, cela suffit. Neymar est aussi très bon. Il sera très intéressant de le voir à l’œuvre quand il viendra jouer en Europe. Aux Jeux Olympiques, il n’a pas très bien joué, mais c’est le prochain grand joueur. Je le pense.
Peut-on dire que le championnat italien est en train de baisser de niveau (ndlr : la Bundesliga a pris la 3e place au Calcio dans le classement établi par l’UEFA) ?
Un peu oui. Je ne vois pas une équipe italienne gagner la Ligue des Champions cette saison. Je n’arrive pas à comprendre pourquoi le Milan a vendu Zlatan, le meilleur buteur du championnat. Je suis désolé par la situation du football en Italie, chaque année on apprend l’existence d’un nouveau scandale. C’est vraiment mauvais pour le pays et la réputation du football en Italie. C’est dommage… Il y a aussi un problème avec les stades. Beaucoup d’enceintes ne sont pas des stades de foot, y compris à Rome. Pour les gros matchs, le Stadio Olympico est rempli mais pour les autres, il est à moitié plein.
Que manque-t-il à l’Angleterre pour gagner une grande compétition ?
Je pense que l’Angleterre a un bon gardien, de bons défenseurs, de bons milieux, et puis elle a Rooney. Mais pour gagner un grand tournoi, je pense qu’elle a besoin de plus que Rooney. Depuis de nombreuses années, l’Angleterre a Rooney, mais pas un buteur de top niveau. Welbeck arrive, Defoe aussi. Je ne sais pas si ça sera suffisant pour gagner la Coupe du Monde. Pour ça, vous avez besoin d’un très grand buteur.
Comment expliquez-vous que vous ayez laissé un bon souvenir aux supporters anglais mais qu’en revanche la presse britannique continue de vous critiquer durement (ndlr : les tabloïds le soupçonnent depuis son arrivée d’être venu dans le royaume pour le charme des Thaïlandaises) ?
Je ne sais pas. Quand j’étais sélectionneur de l’Angleterre, nous nous sommes bien comportés. Nous avons été sortis de deux grandes compétitions simplement aux tirs au but (ndlr : en quart de finale à l’Euro 2004 et la Coupe du Monde 2006 à chaque fois contre le Portugal). Et depuis, c’est-à-dire six ans, la sélection n’a pas fait mieux. La presse anglaise est la presse anglaise, il est préférable de ne pas parler d’elle.
Propos recueillis par Yann FERNANDEZ (transfert-foot.net) lundi 27 mai
Crédits photo Panoramic